des employés romains (1). Ainsi, il faudrait que le recensement romain dont il est ici question eût été fait ou sous Hérode le Grand lui-même, ou dans les premiers temps du règne d'Archélaüs. Cela est excessivement invraisemblable; car, dans les pays qui n'étaient pas réduits en province, mais qui étaient administrés par des rois alliés, ces rois levaient les taxes eux-mêmes, et payaient aux Romains un tribut (2); c'était aussi de cette façon que les choses se passaient avant la déposition d'Archélaüs. On a fait différentes recherches pour rendre vraisemblable un recensement ordonné exceptionnellement par Auguste en Palestine dès le règne d'Hérode le Grand; on rappelle que le tableau de l'empire, breviarium imperii, laissé par Auguste, renfermait aussi la situation financière de tout l'empire, et que peutêtre l'empereur, pour connaitre exactement les ressources de la Palestine, avait fait faire un recensement par Hérode (3). De plus on invoque une particularité racontée par Josèphe : les relations qui subsistaient entre Auguste et Hérode ayant été troublées par une circonstance, le premier menaça le second de lui faire sentir qu'il n'était qu'un sujet (4); on fait valoir le serment que les Juifs, d'après Josèphe, furent obligés de prêter à Auguste, dès le vivant d'Hérode (5), et l'on suppose qu'Auguste, étant résolu à diminuer, après la mort d'Hérode, l'autorité de ses fils, a bien pu ordonner un recensement (6) dans les dernières années de ce prince. Peut-être aussi, l'absence d'Archélaüs, qui s'était rendu à Rome pour régler sa succession au trône, l'occupation de Jérusalem par le procurateur romain Sabinus, et l'oppression qu'il fit subir aux Juifs (1), sont-elles des circonstances qui semblent suggérer l'idée d'un recensement.

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(1) Antiq., 17, 13, 5 et 18, 1, 1. B. j. 2. 8,1. varrów zeroita!, Josèphe, Antiq., 16, 9, 3.

(2) Comparez Paulus, Exeget. Handbuch, Mais la bonne intelligence fut rélablie long1, a, S. 171. Winer, bibl. Realworterbuch, temps avant la mort d'Hérode, Joséphe, d. A. Abgaben.

Antiq. 16, 10,9. (5) Tacit. Annal., 1, 11 ; Suétone, Octav., (5) Ibid. 17, 2, 4: Tout le peuple juif 101. Mais si, dans cet écrit, opes publicæ promettant par serment d'être fidèle à l'emcontinebantur : quantum cipium sociorumque pereur et aux intérêts du roi, ravios 150 in armis; quot classes, regna, provinciæ, 'lovênixgo $6qb65960; de' opzov, 1 21 toroiTributa aut vecligalia, et necessitates ac lar- σαι Καίσαρι και τους βασιλέως πράγμασι. Ce gitiones, le nombre des troupes et les som- serment, loin d'étre une mesure mortifiante mes que les princes juifs avaient à fournir pour Hérode, avait été pris dans son intépouvaient y être indiqués sans qu'un recen- rêt; c'est ce que prouve la passion avec laxement eut ele fait dans leur pays. Pour la quelle il punit les Pharisiens qui ne le préJudee en particulier, Auguste eut par devers tèrent pas. lai le recensement fait par Quirinus posté- (6) Tholuck, S. 192 f.; mais (el c'est la rieurement à la naissance de Jésus,

résulation de toutes ces suppositions) l'in(4) Ότι, τα και χρώμενος αυτώ φίλω, νύν sorrection qu'excita le recensement après la

Mais il est inutile de discuter en détail ces combinaisons plus ou moins arbitraires, plus ou moins dénuées d'autorités historiques; notre évangéliste nous dispense de ce soin, en ajoutant que le recensement dont il parle fut fait pendant que Quirinus était gouverneur de la Syrie, ηγεμονεύοντος της Lupias Kupqviou. Or, il est certain que le recensement de Quirinus ne se fit ni sous Hérode, ni au commencement du règne d'Archélaüs, époque où Luc aussi place la naissance de Jésus; alors Quirinus n'était pas encore gouverneur de la Syrie; cet emploi fut rempli, dans les dernières années d'Hérode, par Sentius Saturninus, puis par Quintilius Varus; ce ne fut que longtemps après la mort d'Ilérode que Quirinus eut le gouvernement de la Syrie. Ce magistrat fit en effet un recensement; cela est attesté par Josèphe (2), qui remarque en même temps que Quirinus fut envoyé pour y présider, le pays d'Archélaüs ayant été soumis au gouvernement de Syrie, tis Apχελάου χώρας είς επαρχίαν περιγραφείσης οι υποτελούς προσνεμηθείσης Th Súpwv (3). Ainsi ce recensement est postérieur de dix ans à l'époque où, suivant Luc et Matthieu, Jésus aurait dû être né.

Luc paraît ici contredire incontestablement l'histoire; et cependant les commentateurs ont cru pouvoir résoudre cette contradiction de différentes manières. Les plus intrépides ont déclaré que tout le second verset était une glose introduite de bonne heure dans le texte (4). D'autres ont essayé de changer la lecon du texte ; parmi ces derniers, les uns, suivant l'exemple de Tertullien, qui attribue le cens à Saturninus (5), mettent dans le texte ce nom ou celui de Quintilius

(éposition d'Archélaiis prouve que c'était la première mesure romaine de cette espèce dans la Judée.

(1) Antig. 17, 9, 5; 10, 1 seq.; B. j. 2, 2, 2. Mais Sabinus ne voulait que les forteresses et le trésor d'Hérode.

(2) Antiq. 18, 1, 1.
(5) Bell. jud. 2, 8, 1.9, 1. Antiq. 17,13,5.
(4) Par exemple, Kuinal, Comm. in Luc.

p. 320.

(5) Adr. Marcion. 4, 19.

Varus (1); les autres font des modifications ou des additions aux autres mots. Le plus facile changement est celui que propose Paulus : il lit cutn ñ á noypach, le recensement même, au lieu de cüzn átoypuron, ce recensement, et il admet que, dès le règne d'Hérode ler, Auguste avait donné des ordres pour un recensement, et que les préparatifs en avaient déjà été poussés assez loin pour décider les parents de Jésus à se rendre à Bethléem; qu'ensuite Auguste s'était apaisé, que l'affaire en était alors restée là, et que le recensement même, auch 6, &noypaos, avait été fait assezlongtemps après, sous Quirinus. Quelque peu considérable que soit ce changement de lecture, qui laisse les lettres intactes, il faudrait cependant, pour qu'il fût admissible, qu'il eût un appui dans le contexte même. Or, c'est le contraire : car, si l'on annonce, dans une phrase, l'édit d'un prince, et, dans la phrase suivante, l'exécution de cet édit, il n'est pas vraisemblable qu’un intervalle de dix ans se trouve entre la promulgation et l'exécution. Mais, ce qu'il faut surtout observer, l'évangélisle parlant, V.1, du décret, et V. 2, de l'exécution postérieure de dix ans, aurait de nouveau, V. 3, parlé d'un voyage au temps du décret, sans faire remarquer l'intervalle de temps qui s'était écoulé; cela ne s'accorde avec aucune forme de narration raisonnable.

A des altérations aussi arbitraires du texte, il faut toujours préférer des tentatives où l'on cherche une issue par la seule voie de l'explication. A la vérité, prendre avec quelques-uns πρώτη pour προτέρα, et ηγεμονεύοντος Κυρηνίου, non pour un genitif absolu, mais pour un génitif régi par ce comparatif, et ainsi entendre un recensement avant celui de Quirinus (2), c'est faire violence à la grammaire; ce n'est pas en faire moins a la critique que d'interealer προ της apres πρώτη (3). On ne peut pas davantage admettre qu'il y ait eu, dès le vivant d'Hérode, un préliminaire du recensement fait plus tard par Quirinus; que ce préliminaire, où Quirinus ne fut pas em

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(1) Voyez dans Winer, Realwörterbuch, Süskind, vermischte Aufsätze, S. 63, et réd. A. Quirinus.

cemment 'Tholuck, S. 182 f. C) Storr, Opvsc. acad., 3, p. 126, seq.; (5) Michaelis, Anmerck. z. d. St. und Eini.

in das N. T.1,71.

ployé, fut peut-être le serment prêté à Auguste, et qu'ensuite ces deux opérations ont été comprises sous le même nom. Pour justifier, en quelque façon, cette dénomination, on suppose que peut-être Quirinus avait été envoyé en Judée, dès le vivant d'Hérode, en qualité de commissaire extraordinaire chargé d'établir les taxes (1); cette explication du mot ηγεμονεύοντος est rendue impossible par l'addition du mot la Syrie; car la locution de nyeuoveúovtos Suplas ne peut signifier que præses Syrie.

Ainsi au temps où Matthieu, 2, 1, et Luc, 1, 5, 26, placent la naissance de Jésus, il est impossible qu'il y ait eu un recensement; et si les renseignements historiques sont exacts, ceux des évangélistes sont faux nécessairement. Mais nt se pourrait-il pas que les choses fussent inverses, et que Jésus fût né après le bannissement d'Archélaüs, au temps du recensement de Quirinus ? Indépendamment des difficultés dans lesquelles cette hypothèse nous jetterait pour la chronologie du reste de la vie de Jésus, il est impossible qu'un recensement romain, après le bannissement d'Archélaüs, ait appelé les parents de Jésus, de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée; car la Judée seule et ce qui avait appartenu à Archélaüs devinrent province romaine, soumise au recensement; en Galilée, Hérode Antipas resta avec la qualité de prince allié ; et aucun de ses sujets domiciliés à Nazareth ne pouvait être appelé à Bethléem pour y être recensé (2). Ainsi

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(1) Münter. Stern der Weisen, S. 88. Comparez Hoffmann, S. 235.

(2) Le passage de Josèphe, B. j., 2, 8, 1, où il est dit de Judas le Galiléen qu'après la deposition d'Archélaüs il souleva, à cause du recensement, les indigènes, cov; 1:20pio», ne prouve pas aussi promplement que Hoffmann le pense, p. 231, que le recenseinent s'était aussi étendu å la Galilée ; car Josèphe dit dans son ouvrage postérieur et plus exact, Antiq., 18, 1, 1: Quirinus vint aussi dans la Judée, réunie au gouvernement de Syrie, pour faire le recensement des propriétés des Juifs, el pour vendre les biens d'Archelais, παρήν δε και Κυρήνιος εις την Ιονδαίαν προσθήκης της Συρίας γινομένην, αποτιμησόμενος τα αυτών τας ουσίας και αποδωσόμενος τα Αρχελάου χρήματα. Ainsi le receisement,

qui comprenait au reste, d'après 17, 13, 5, tout ce qui, de la Syrie, était province romaine, fut évidemment borné, en Palestine, à la principauté de Judée. Que l'on compare ensuite la description de la révolle, Antiq., 18, 1, 1.2, 1, où il n'est plus question de la Galilée, où Judas s'appelle le Gaulanite, et où le grand-prêtte complaisant, à Jérusalem, est représenlé comme entrainé par la mallitude, 24725727:27015 VTO sis At, 900;; on sera forcé de considérer la Judée comme le théàtre de l'insurrection, et prendre l'expression du livre sur la Guerre judaique, indigènes, 17.17.opiove, dans un sens plus étendu, og supposer que Judas, ayant mis en mourement les Galiléens, naturellement lurbulents, par la perspective d'un recensement qui allait bientôt les alteindre, avait, de là, transporté la révolte en Judée.

l'évangéliste, pour avoir son recensement, se représente l'état du pays tel qu'il fut après la déposition d'Archélaüs ; et, en même temps, pour rendre cette opération commune à la Galilée, il se figure le royaume indivis comme il était sous Hérode le Grand. Il suppose donc des choses qui se contredisent évidemment, ou plutôt il n'a qu'une idée excessivement confuse des rapports politiques à cette époque ; tellement qu'il étend (il ne faut pas l'oublier) le recensement non-seulement à toute la Palestine, mais encore à l'empire romain entier.

Cependant, à ces impossibilités chronologiques ne se bornent pas les difficultés; la manière dont Luc rapporte que le recensement fut exécuté est sujette à de graves objections. Il dit d'abord que Joseph alla, à cause du cens, à Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la patrie de David, då to είναι αυτόν εξ οίκου και πατριάς Δαβίδ; que chacun se rendait dans sa ville propre, eis ttv idiar cohev, c'est-à-dire, d'après le contexte, au lieu d'où sa famille était originaire. On était en effet, dans les recensements juifs, obligé de se faire inscrire dans le lieu de sa tribu, parce que, chez les Juifs, l'organisation par famille et par tribu constituait la base de l'État; les Romains, au contraire, opéraient le recensement dans les lieux de résidence et dans les chefs-lieux de districts (1). Ils ne se conformaient aux usages des populations conquises qu'autant que ces usages ne gênaient pas leurs opérations; or, ici, ces usages allaient directement contre leur but, puisqu'un particulier, comme Joseph, pouvait être appelé par le recensement dans des lieux très-éloignés de sa résidence, où, l'on ne connaissait pas son avoir, et où il était impossible de contrôler ses déclarations (2). On admettrait donc plutôt avec Schleiermacher (3) que la vraie cause qui conduisit les

parents de Jésus à Bethléem, fut une inscription sacerdotale que l'évangéliste a confondue avec le recensement de Quirinus, qu'il connaissait mieux. Mais cette concession n'ôterait

(1) Voyez les passages dans Welstein et Paulus.

(2) C'est ce que montre Credner, 1. C., S. 234.

(3) Veber den Lukas, S. 35 f.

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