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HaNNa dYâB

d’alep à paris

Les pérégrinations d’un jeune Syrien  

au temps de Louis 

xiv

récit traduit de l’arabe (Syrie) et annoté  

par Paule Fahmé-Thiéry, Bernard Heyberger et Jérôme Lentin

sindbad

 

ACTES SUD

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iNTrOdUCTiON

Hanna dyâb, l’auteur du récit de voyage dont nous publions 
ici la traduction française, ne figure dans aucun manuel d’his-
toire ni dans aucune anthologie de la littérature

1

. d’ailleurs 

son texte, conservé dans un unique manuscrit, est resté inédit 
jusqu’à ce jour

2

. il est entré à la Bibliothèque apostolique vati-

cane, en 1928, avec la partie de la collection du prêtre aleppin 
paul sbath acquise peu auparavant par le vatican. il y porte la 
cote sbath 254. il est composé de 174 folios, soit 347 pages de 
21 lignes serrées chacune. il est malheureusement amputé des 
cinq premiers folios, et commence brutalement au milieu d’une 
phrase. Nous sommes tentés de le croire autographe, ou dicté 
par l’auteur. en effet, il est écrit dans une calligraphie moins 

1. Deux exceptions néanmoins : Richard van Leeuwen et Ulrich 

Marzolph, “Hanna diyab”, The Arabian Nights Encyclopedia, santa Barbara 
(Calif.), 

aBC-CliO

, 2004, p. 582 ; Heinz Grotzfeld, “Hann

ā

 diy

ā

b”, Enzy-

klopädie des Märchens, Berlin, Walter de Gruyter, 1990, vol. 6, col. 485-487. 
[les notes de la préface sont de Bernard Heyberger.]

2. à notre connaissance, il n’a été utilisé que dans l’article de Maurice 

Martin, “souvenirs d’un compagnon de voyage de paul lucas en Égypte 
(1707)”, in Jean vercoutter (dir.), Hommages à la mémoire de Serge Saune-
ron (1927-1972)
, t. 2 : Égypte post-pharaonique, le Caire, institut français 
d’archéologie orientale, 1979, p. 471-475.

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d’alep à paris

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régulière que celle d’un professionnel. surtout, les ratures y sont 
nombreuses, et des marques de relecture, avec des paragraphes 
rajoutés en marge, sont visibles dans le texte.

C’est Jérôme lentin qui nous l’a fait découvrir lorsqu’en 1993 

il est venu à rome pour y explorer les sources arabes du vatican, 
en vue de sa thèse d’État intitulée Recherches sur l’histoire de la 
langue arabe au Proche-Orient à l’époque moderne 

1

. ensemble nous 

nous étions promis alors de le faire connaître par une édition et 
une traduction, tant il nous paraissait plaisant par sa langue et 
son art du récit, et riche d’information sur l’époque et les pays 
qu’il y évoquait. Mais le temps a passé, la vie nous entraînant l’un 
et l’autre à nous absorber dans d’autres travaux, sans néanmoins 
jamais oublier Hanna dyâb et sa relation de voyage. C’est en 2009 
qu’à l’École pratique des hautes études j’ai fait découvrir le texte 
à paule Fahmé-Thiéry, qui avait entrepris une recherche sur des 
récits de voyage arabes des 

xvii

e

 et 

xviii

e

 siècles. les histoires que 

Hanna y racontait, et surtout sa langue, avec ses expressions alep-
pines qui lui étaient familières, ont soulevé son enthousiasme, et 
l’ont décidée à se lancer dans une traduction. Celle-ci a été un 
long parcours, à la fois exaltant et laborieux, mais aussi le début 
d’un dialogue ininterrompu avec Jérôme lentin et moi-même, 
qui a finalement débouché sur une belle expérience de travail en 
équipe, dans lequel nous avons associé nos compétences respec-
tives, et nous nous sommes stimulés mutuellement par d’intenses 
échanges électroniques, et quelques rencontres amicales.

Que le récit doive être attribué à Hanna dyâb ne fait pas de 

doute. sur la dernière page du manuscrit, on lit la mention sui-
vante : “livre de l’humble ‘abd al-Qârî antoûn Yoûsef Hanna 
dyâb, et ceci en l’année chrétienne 1766.” d’autre part, au bas du 
folio 90v figure le certificat de lecture suivant : “Ce récit de voyage 

1. Jérôme lentin, Recherches sur l’histoire de la langue arabe au Proche-

Orient à l’époque moderne, lille, atelier national de reproduction des 
thèses, 1997, 2 vol. la promesse d’édition et de publication du texte 
figure déjà p. 49.

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9

INTRODUCTION

de mon grand-père [ajouté en fin de ligne : mon père] est entré en 
la possession de Jibrâ’îl fils de didkûz dyâb, de la communauté 
maronite, le 19 avril de l’année 1840 de l’ère chrétienne.” Hanna 
dyâb est membre d’une famille chrétienne maronite d’alep 
bien connue

1

. C’est vraisemblablement son nom qui apparaît 

dans le registre de sa paroisse lorsqu’il se marie en 1717. C’est lui 
encore certainement qui figure dans un recensement des maro-
nites d’alep en 1740, à la tête d’un ménage de douze personnes, 
six hommes et six femmes

2

. il nous apprend dans le texte qu’au 

moment de son voyage il a deux frères aînés, ‘abdallâh et antoûn, 
et une mère qui vit avec eux. ‘abdallâh fait figure de chef de 
famille, en l’absence d’un père sans doute décédé. Même à dis-
tance, Hanna est sous la coupe de ce frère, puisque, lorsqu’il est 
à saïda, celui-ci essaie de l’intimider et de l’obliger à retourner 
à alep. Mais il se rebelle : “Je suis un homme qui fixe sa propre 
voie !” réplique-t-il. et il éprouve une grande joie d’avoir résisté 
aux injonctions. Cette situation de cadet lui a pesé. son expé-
rience de novice dans un monastère du mont liban, aussi bien 
que son départ d’alep avec le voyageur français paul lucas

3

, appa-

raissent comme des tentatives d’échapper à sa condition, sans 
qu’il ait eu pour autant la volonté de briser complètement avec 
les siens. à son retour de voyage en 1710, la famille l’établit dans 
une boutique du souk, où il s’initie à l’art de marchand drapier 
sous la conduite d’un oncle maternel, en attendant de se marier.

Malheureusement, son “maître” paul lucas, au service duquel 

il a accompli son périple, et dont il parle abondamment dans 

1. Bernard Heyberger, Hindiyya (1720-1798), mystique et criminelle, paris, 

aubier, 2001, passim.

2. archives de l’archevêché maronite d’alep, copie du registre parois-

sial et recensement de la communauté maronite par ménage en 1740.

3. Brève notice biographique sur paul lucas : lucette valensi, “lucas, 

paul”, in François pouillon (dir.), Dictionnaire des orientalistes de langue fran-
çaise
, paris, 

iisMM

 

/

 

Karthala, 2008, p. 614. voir surtout à son sujet : Henri 

Omont, Missions archéologiques françaises en Orient aux 

xvii

e

 et 

xviii

e

 siècles

1

re

 partie, paris, imprimerie nationale, 1902, p. 317-382.

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d’alep à paris

10

son récit, n’a pas jugé utile de le mentionner une seule fois dans 
la version publiée de sa relation de voyage

1

. Mais les épisodes 

qu’il y raconte coïncident assez bien avec ce qu’en rapporte 
Hanna lui-même, malgré des divergences factuelles, notamment 
chronologiques.

l’orientaliste antoine Galland

2

 n’a pas davantage jugé utile 

de mentionner la contribution de Hanna à ses Mille et Une Nuits
s’attribuant à lui-même tous les mérites de cette publication, qui 
allait le faire entrer dans la postérité. Cette attitude à l’égard des 
informateurs “indigènes”, mais aussi des serviteurs et des femmes 
à leur service, est du reste partagée par la plupart des auteurs. 
Ce n’est que dans le journal qu’il tenait alors, et qu’il ne destinait 
pas à la publication, que Galland évoque plusieurs fois Hanna. 
il consigne leur première rencontre à paris à la date du 17 mars 
1709 :

“J’allai le matin chez M. paul lucas lui reporter les medailles 
qu’il m’avait confieés 8 jours auparavant : je m’entretins quelque 
tems avec Hanna Maronite d’Halep ; qui outre sa langue 
qui est l’arabe, parloit [t]urc, et provençal, et françois assez 
passablement

3

.”

Hanna apparaît à nouveau dans son Journal à la date du 

25 mars, lorsque, à l’occasion d’une visite au domicile de lucas, 

1. paul lucas, Deuxième voyage du Sieur Paul Lucas dans le Levant (octobre 

1704-septembre 1708), nouv. éd., publications de l’université de saint-
Étienne, 2002.

2. sur antoine Galland, voir sylvette larzul, “Galland, antoine”, 

in François pouillon (dir.), Dictionnaire des orientalistes,  op. cit.,  p. 415-
418 ; Mohamed abdel-Halim, Antoine Galland : sa vie et son œuvre, paris, 
a.G. Nizet, 1964 ; sylvette larzul, Les Traductions françaises des “Mille et Une 
Nuits”. Étude des versions Galland, Trébutien et Mardrus
, paris,  l’Harmattan, 
1996.

3. Frédéric Bauden et richard Waller (éd.), Le Journal d’Antoine Gal-

land (1646-1715). La période parisienne, t. 1 : 1708-1709, leuven

 

/

 

paris

 

/

 

Walpole, peeters, 2011, p. 286.

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11

INTRODUCTION

il raconte “quelques contes arabes fort beaux, qui me promit de 
les mettre par ecrit, pour me les communiquer

1

”. le 5 mai, il 

“acheva de me faire le recit du Conte de la lampe” [d’aladin]. 
et le 27 mai, il raconta “les finesses de Morgiane ou les qua-
rante voleurs” [ali Baba]. en tout, ce sont seize contes que le 
maronite d’alep raconta au professeur d’arabe, qui en publia 
douze

2

. il fournit aussi d’autres informations à Galland, par 

exemple sur les druzes et les Nusayris. plusieurs épisodes de la vie 
parisienne racontés par Hanna coïncident avec ce que l’orienta-
liste a consigné dans son Journal 

3

. Malheureusement, ce dernier 

n’apparaît que passagèrement dans la relation de voyage, où il est 
toujours désigné comme “le vieil homme” :

“Un vieil homme nous rendait souvent visite. il était chargé de la 
bibliothèque des livres arabes. il lisait bien l’arabe et traduisait 
des livres de cette langue en français. en ce temps-là, il traduisait 
entre autres le livre de contes des Mille et Une Nuits. Cet homme 
recourait à mon aide sur certains points qu’il ne comprenait 
pas, et que je lui expliquais. il manquait au livre qu’il traduisait 
quelques nuits, et je lui racontai donc les histoires que je connais-
sais. il put compléter son livre avec ces contes, et fut fort content 
de moi” [128r].

si Hanna dyâb n’est donc plus un inconnu, c’est cependant 

un homme ordinaire, et c’est précisément ce qui aujourd’hui fait 
pour nous la valeur de son témoignage. les relations de voyage 
sont un genre assez pratiqué en syrie aux 

xvii

e

 et 

xviii

e

 siècles, 

notamment chez les chrétiens. le fameux voyage du patriarche 

1. Ibid., p. 290.
2. Ibid., p. 321 et 358 ; Ulrich Marzolph, “les contes de Hannâ”, in Les 

Mille et Une Nuits, catalogue de l’exposition “Mille et Une Nuits”, paris, ins-
titut du monde arabe (27 novembre 2012-28 avril 2013), paris, Hazan

 

/

 

ins-

titut du monde arabe, 2012, p. 87-91 ; tableau récapitulatif p. 91.

3. Frédéric Bauden et richard Waller (éd.), Le Journal d’Antoine Gal-

landop. cit., t. 1, p. 290-291, 320-338, 343-378, 412, 483 et 504.

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d’alep à paris

12

melkite Macarios al-Za‘îm jusqu’à Moscou (1652), relaté par son 
fils Boûlous, a fait l’objet d’une édition partielle avec une tra-
duction française

1

. le même patriarche a laissé un récit de son 

passage en Géorgie

2

. de son long séjour en amérique, le prêtre 

de Mossoul elias al-Mawsilî a rédigé un texte qui n’est pas à pro-
prement parler une relation de voyage, et qui a fait l’objet de 
plusieurs éditions arabes et d’une traduction française, toutes 
partielles

3

.

 

Mais d’autres récits, assez nombreux, restent encore 

à découvrir, souvent sous forme inédite dans les collections de 
manuscrits

4

.

 

le petit nombre de copies de ces textes atteste une 

1. B

ū

lus al-

º

alab

ī

Voyage du patriarche Macaire d’Antioche, éd. arabe et 

trad. française (incomplètes) par Basile radu, in Patrologia Orientalis
1 (

pO

 107), p. 3-200, 1930 ; xxiv, 4 (

pO

 119), 1933, p. 441-604 ; xxvi, 

5 (

pO

 129), 1933, p. 603-717.

 

Éd. arabe (incomplète) par Q. al-B

ā

ša, 

“safr

ā

t al-ba

ryark Mak

ā

ry

ū

s al-

º

alab

ī

 bi-qalam waladihi al-šamm

ā

B

ū

lus”, Al-Ma

arra, 1912-1913, 1913-1914, passim. voir à propos de cette 

relation de voyage les analyses éclairantes de Hilary Kilpatrick, “Jour-
neying towards Modernity. The Safrat al-Ba

rak Mak

ā

riy

ū

s of B

ū

lus ibn 

al-Za‘

ī

m al-

º

alab

ī

”, Die Welt des Islams, 37/2, 1997, p. 156-177.

2. Carsten Walbiner, Die Mitteilungen des griechisch-orthodoxen Patriar-

chen Makarius Ibn az-Za’îm von Antiochia (1647-1672) über Georgien nach dem 
arabischen Autograph von St. Petersburg
, éd. et trad. du texte arabe, disser-
tation, Universität leipzig, dactyl., 1995.

3. elias al-Mawsilî, Un Irakien en Amérique au 

xvii

e

 siècle, arles, actes 

sud/sindbad, 2011. Édition arabe des mêmes passages par antoine rab-
bath, “ri

lat ’awwal šarq

ī

 ’il

ā

 ’amr

ī

k

ā

”, Al-Machreq, vol. 8, 1905, p. 821-

834, 875-886, 974-983, 1022-1033 et 1118-1129. autres éditions arabes 
par ibtih

ā

j al-W

ā

¥

ī

Al-Mawrid, 4, 1975, et par N

ū

r

ī

 al-Jarr

ā

, Beyrouth, 

d

ā

r al-suwayd

ī

 et al-Mu’assasa al-‘arabiyya li al-dir

ā

s

ā

t wa al-našr, 2001. 

Bonne traduction italienne par Marina Montanaro, Il primo  Orientale 
nelle Americhe
, Mazzara del vallo, liceo Ginnasio Gian Giacomo adria, 
1992. à propos de ce texte, voir John-paul Ghobrial, “The secret life of 
elias of Babylon and the Uses of Global Microhistory”, Past and Present
222, février 2014, p. 51-93.

4. voir entre autres :
– relation d’un voyage et d’un séjour d’un certain ra‘d à venise en 

1656 in Bibliothèque apostolique vaticane, manuscrit sbath 89, f

os

 

1b-19b, 

éd. par K

ā

rstan-Maykal W

ā

lb

ī

nar (= Carsten-Michael Walbiner), “ri

lat 

« 

ra‘d

 »

 min 

alab ’il

ā

 al-Bunduqiyya”, in Nagi edelby et pierre Masri 

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13

INTRODUCTION

diffusion plutôt restreinte. Mais le fait que celui d’elias al-Mawsilî 
ait été copié à alep, et ait été conservé par Jibrâ’îl dyâb

1

 – celui-là 

même qui est entré en possession du manuscrit de son aïeul –, 
est du moins un indice du goût pour ce genre d’histoires dans 
ce milieu.

la narration de Hanna dyâb se distingue des autres récits 

de voyage que nous connaissons. d’abord, l’auteur ne baigne 
pas dans l’adab, à la fois éthique du comportement et culture 
littéraire, qui caractérise le genre des relations de voyage (ri

la

tel qu’il est encore pratiqué par des musulmans à son époque

2

Contrairement aux récits du cheikh de damas ‘abd al-Ghânî 

(éd.), Mélanges en mémoire de M

gr

 Néophytos Edelby (1920-1995), Beyrouth, 

CedraC

, université saint-Joseph, 2005, p. 367-383.

– archives de l’ordre basilien aleppin, couvent saint-sauveur de 

÷

arb

ā

, manuscrit 

÷

arb

ā

 261,1 : relation de voyage au “pays des chrétiens” 

des moines Yu

ann

ā

 Naqq

ā

š et T

ū

m

ā

 Kurb

ā

j (1775-1777), employée par 

Michel abras, “le voyage de deux moines melkites en italie du Nord 
en 1775”, in Bernard Heyberger et Carsten Walbiner (dir.), Les Européens 
vus par les Libanais à l’époque ottomane
, Beyrouth, Orient-institut, 2002, 
p. 59-65.

– relation d’un voyage et d’un séjour à rome de 

ø

i

¥

r al-Maw

il

ī

éd. par louis Cheikho, “ri

la al-Qass 

ø

i

¥

r al-Kald

ā

n

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 min al-Maw

il 

’il

ā

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ū

miyya wa-m

ā

 jar

ā

 lahu f

ī

 

ar

ī

qihi wa-f

ī

 l-mad

ī

na al-muqaddasa”, 

Al-Machreq, vol. 13, 1910, p. 581-592, 656-668, 735-744 et 835-843. Ce 
document est utilisé par Carsten Walbiner, “

« 

images painted with such 

exalted skill as to ravish the senses…

 »

 pictures in the eyes of Christian 

arab Travellers of the 17

th

 and 18

th

 Centuries”, in Bernard Heyberger 

et silvia Naef (dir.), La Multiplication des images en pays d’Islam, istanbul, 
Orient-institut, 2003, p. 15-30.

– Forschungs- und landesbibliothek Gotha, Ms. Orient. a1549, récit 

de voyage au “pays des chrétiens” (France) d’ars

ā

ny

ū

s Šukr

ī

 avec son 

compagnon Banyam

ī

n ibn Za

ariy

ā

 en 1748.

1. introduction d’antoine rabbath à l’édition arabe, Al-Machreq

vol. 8, 1905, trad. en français in elias al-Mawsilî, Un Irakien en Amérique, 
op. cit.
, p. 24.

2. voir différentes contributions in stefan reichmuth et Florian 

schwarz (dir.), Zwischen Alltag und Schriftkultur : Horizonte des Individuellen 
in der arabischen Literatur des 17. und 18. Jahrhunderts
, Beyrouth, Orient-
institut, 2008.

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d’alep à paris

14

al-Nâbulusî à la fin du 

xvii

e

 siècle

1

, ou du fameux Or de Paris du 

cheikh égyptien rifâ‘a al-Tahtâwî, qui décrit la capitale française 
vers 1830

2

, son texte n’est pas imprégné d’une culture savante, 

qui s’étalerait à longueur de références, de citations et de vers 
de poésie. Boûlous al-Za‘îm, qui s’essaie par exemple à la prose 
rimée (saj‘), témoigne à cet égard d’une plus grande révérence 
envers la “grande” culture arabe que Hanna, bien que dans son 
introduction il proteste de son manque “des capacités requises 
pour ordonner des propos élégamment tournés, syntaxiquement 
corrects et d’un beau style, et qui sont celles des distingués spécia-
listes de cet art

3

”. il se situe par ailleurs dans une histoire et une 

tradition chrétiennes, auxquelles il mesure ses observations en 
se référant à des manuscrits. le récit de voyage en amérique du 
prêtre chrétien ilyâs al-Mawsilî est lui aussi fondé sur une culture 
érudite, mais chrétienne et ecclésiastique

4

.

la langue de Hanna appartient à ce “moyen arabe” (intermé-

diaire entre la langue standard “littéraire” ou “classique” essen-
tiellement écrite et apprise à l’école, et la langue orale, dialectale) 
qui caractérise aussi d’autres récits de voyage ou les diverses ver-
sions des Mille et Une Nuits. Celle que Galland a utilisée pour sa 
traduction présente des traits typiques du parler syrien. Mais, par 
rapport à la plupart de ces textes, le récit de voyage de Hanna 
se distingue par sa forme plus dialectalisante avec en outre des 
spécificités aleppines, ce qui pourrait confirmer l’éloignement de 

1. 

÷

al

ā

add

ī

n al-Muna

ğğ

id et stefan Wild (éd.), Zwei Beschreibungen 

des Libanon : ‘Abd al-

ġā

n

ī

 An-N

ā

bulus

ī

s Reise durch die Biq

ā

‘ und Al-‘U

aif

ī

Reise nach Tripolis, Beyrouth, Orient-institut, 1979 ; Heribert Busse, Die 
Reise ‘Abd al-

Ġā

n

ī

 An-N

ā

bulus

ī

 durch den Libanon, Beyrouth, Orient-insti-

tut, 2003.

2. Tahtâwî, L’Or de Paris. Relation de voyage (1826-1831), trad. et présenté 

par anouar louca, paris, sindbad, 1988 (rééd. arles, actes sud, 2012).

3. Cité et traduit par Jérôme lentin, Recherches sur l’histoire de la langue 

arabe, op. cit., vol. 1, p. 37.

4. John-paul Ghobrial, “The secret life of elias of Babylon”, art. cité, 

p. 64-74.

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15

INTRODUCTION

l’auteur par rapport à la culture de l’adab, par ailleurs présente 
dans Les Mille et Une Nuits 

1

.

Hanna raconte qu’à leur arrivée à paris,

“[paul lucas] se fit confectionner un riche costume et envoya à 
l’imprimerie le livre de voyage où il narrait de manière détaillée 
son voyage dans tous les pays où il s’était rendu, ainsi que tous les 
spectacles qu’il avait eus sous les yeux et toutes les informations 
qu’il avait pu recueillir, car il écrivait tous les jours ce qu’il avait 
vu et entendu” [93v].

en réalité, paul lucas n’a rédigé lui-même aucun de ses trois 

récits de voyage publiés. Ce Deuxième voyage du Sieur Paul Lucas 
dans le Levant (octobre 1704-septembre 1708) 
a été confié à l’acadé-
micien Étienne Fourmont l’aîné

2

. si certains épisodes coïncident 

dans la version rapportée par paul lucas et dans celle de Hanna, 
les deux textes divergent considérablement. On voit chez le pre-
mier l’usage qu’il fait de la prise de notes, qui lui permet une 
assez grande précision dans la description des itinéraires et des 
paysages, ainsi que des monuments. Hanna se montre plus disert 
dans l’évocation de situations concrètes, de rencontres et de 
confrontations, mais se soucie moins de la précision dans l’évoca-
tion des heures de trajet et des haltes, et n’a évidemment pas mis-
sion de rapporter des informations sur les ruines antiques et les 
inscriptions rencontrées en route. Comme sa remarque à propos 
du livre de paul lucas le laisse entendre, il n’a lui-même pas 
pris de notes, ni tenu un journal, contrairement, par exemple, à 

1. Jérôme lentin, “la langue des Mille et Une Nuits”, in Les Mille et Une 

Nuits, op. cit., p. 55-59 ; id., “la langue des manuscrits de Galland et la 
typologie du moyen arabe”, in aboubakr Chraïbi (dir.), “Les Mille et Une 
Nuits” en partage
, arles, actes sud, 2004, p. 435-455 ; aboubakr Chraïbi, 
“Qu’est-ce que Les Mille et Une Nuits aujourd’hui ? le livre, l’anthologie et 
la culture oubliée”, in Les Mille et Une Nuitsop. cit., p. 33-39.

2. Henri  Omont,  Missions archéologiques françaises en Orient,  op. cit.

p. 317.

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Boûlous al-Za‘îm.

 

On peut imaginer qu’il a passé sa vie à raconter 

son histoire, et donc aussi à la mémoriser. il avoue lui-même que 
sa mémoire est défaillante, et de fait elle est prise en défaut à 
plusieurs reprises, concernant les dates et l’ordre chronologique 
de ses déplacements, notamment là où on peut confronter son 
récit à celui de lucas, ou à la chronologie bien établie des événe-
ments climatiques du “Grand Hyver” de 1709. il se montre aussi 
peu sûr lorsqu’il livre des explications contextuelles, se référant 
au passé, ou aux “chroniques” comme il dit, concernant tel ou tel 
événement. C’est là qu’on peut mesurer le type de culture qui le 
caractérise, qui n’a rien d’érudit. Quand visiblement il a eu accès 
à des sources écrites, il s’agit de textes d’origine européenne, non 
pas arabe, visant une très large diffusion. On y trouve des faits 
divers curieux, mais stéréotypés, comme ceux du pendu dont 
la corde casse

1

, de la morte enterrée vivante, de la pierre phi-

losophale ou élixir de jouvence

2

, ou bien celui du cordonnier 

devenu un peintre exceptionnel par amour pour une princesse, 
qui font penser à la littérature des “occasionnels”, ces feuilles qui, 
à son époque, colportent en europe des anecdotes de ce genre 
à destination d’un public varié, y compris les illettrés. les deux 
histoires antijuives qu’il a glanées à livourne relèvent du même 
genre. Malheureusement, il est très difficile pour ce type de récits 
de remonter aux sources, qu’il ne nous a pas été possible d’iden-
tifier précisément.

 

Hanna découvre par ailleurs avec passion les 

sentences vendues à la criée dans les rues de paris pour deux sous, 
comme il le précise, à l’occasion des exécutions capitales

3

. le 

1. roger Chartier, “la pendue miraculeusement sauvée. Étude d’un 

occasionnel”,  in roger Chartier (dir.), Les Usages de l’imprimé, paris, 
Fayard, 1987, p. 83-127.

2. sur ces différents thèmes, on trouvera d’intéressantes notices et des 

introductions bibliographiques dans les articles de l’Enzyklopädie des Mär-
chens
, op. cit. : ines Köhler-Zülch, “scheintod”, 2004, vol. 11, col. 1324-
1331 ; Bea lundt, “stein der Weisen”, 2005-2007, vol. 12, col. 1215-1220 ; 
Claude lecouteux, “lebenswasser”, 1994-1996, vol. 8, col. 838-841.

3. pascal Bastien, Une histoire de la peine de mort. Bourreaux et supplices 

(1500-1800), paris, seuil, 2011, p. 199-201.

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INTRODUCTION

texte imprimé appartient à sa culture, mais en rapport étroit avec 
l’oralité. il ne cite pas livre en main, mais il se réfère à des choses 
qu’il a lues, ou qu’il a entendues lire ou raconter à haute voix, 
et qui relèvent de la littérature européenne. de plus, les textes 
destinés au large public auxquels il emprunte ses informations se 
caractérisent par des formules qui sont celles de la culture orale, 
décalquées des façons de dire des conteurs.

 

les histoires y sont 

authentifiées par une parole rapportée comme gage de vérité

1

parfois, comme son récit du bombardement de Gênes, ou du 
mariage de louis xiv avec Madame de Maintenon, les faits sont 
plutôt exacts, mais interprétés à sa façon. Quand il cite (rarement) 
la Bible, il s’agit de références inexactes ou imprécises. Curieuse-
ment, à propos de la Madone de Negromonte à livourne et de 
sainte Geneviève à paris, il fait montre d’une connaissance de 
l’hagiographie catholique, mais il transpose sur ces deux saintes 
patronnes des épisodes qui ne figurent pas dans leur histoire offi-
cielle. il est possible que le recueil de vies de saints pour toute 
l’année, intitulé Kitâb Akhbâr al-qiddîsîn, compilé par le jésuite 
pierre Fromage, qu’un maronite laïc d’alep, du nom de Hanna, 
a copié entre 1755 et 1757, soit de la main de Hanna dyâb

2

.

Ce qui distingue encore Hanna des autres voyageurs, c’est qu’il 

n’a pas entrepris son périple avec une mission, comme c’est le 
cas pour Tahtâwî, ou encore pour Mehmed efendi

3

,

 

qui a mené 

une ambassade de la sublime porte à paris sous la régence. il 

1. roger Chartier, “avant-propos. la culture de l’imprimé”, 

in r. Chartier (dir.), Les Usages de l’impriméop. cit., p. 15-17.

2. louis Cheikho, Catalogue raisonné des manuscrits historiques de la 

Bibliothèque orientale de l’université Saint-Joseph, t. 1, Beyrouth, Mélanges 
de l’université saint-Joseph, xi, 1926, p. 266, manuscrit en 4 volumes, 
n

os

 594-597. Nous remercions Johannes stephan, qui nous a fait part de 

cette référence.

3. Mehmed efendi, Le Paradis des infidèles. Un ambassadeur ottoman en 

France sous la Régence, éd. par Gilles veinstein, trad. par Julien-Claude 
Galland, paris, Maspero, 1981. voir aussi Deux Ottomans à Paris sous le 
Directoire et l’Empire. Relations d’ambassade
, éd. et trad. par stéphane Yéra-
simos, arles, actes sud, 1998.

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n’est pas non plus venu dans “les pays des chrétiens” pour quêter, 
comme Macarios al-Za‘îm, elias al-Mawsilî, ou la plupart des 
ecclésiastiques orientaux, nombreux à écumer alors les États des 
souverains européens

1

. son voyage est une sorte de grand tour 

initiatique, d’un jeune homme qui cherche sa voie.

Hanna commence par nous narrer son expérience de novice 

chez les Moines libanais, ordre récemment fondé par des jeunes 
d’alep, dans le mont liban, au-dessus de Tripoli. Mais, doutant 
de sa vocation, il rentre chez lui pour réfléchir. là, ne retrouvant 
pas son emploi chez le marchand marseillais rémuzat, il décide 
de repartir, peut-être pour retourner au couvent. C’est alors qu’il 
fait la connaissance du voyageur paul lucas, qui l’embauche pour 
un voyage qui le mène à Beyrouth et à saïda, puis à Chypre, en 
Égypte, dans les régences de Tripoli et de Tunis, à livourne, à 
Marseille et à paris, avant un retour sans lucas, de Marseille à 
smyrne, de smyrne à Constantinople, où il reste assez longtemps, 
puis, par un périple en caravane à travers l’anatolie, jusqu’à alep.

si lucas ne le mentionne à aucun moment dans son récit 

de voyage, Hanna parle par contre beaucoup de son maître. 
Quoique cantonné à une fonction de domestique, il n’en a pas 
moins, d’après son témoignage, joué un rôle non négligeable 
auprès de celui-ci, et l’a tiré quelquefois de situations difficiles. 
Mais il est jeune, il a besoin de quelqu’un pour l’initier au monde, 
et le khawâja lucas remplit cet office. Quand celui-ci tombe 
gravement malade à Tunis, il est dans le plus profond désarroi 
en imaginant se retrouver livré à lui-même. il en va de même 
lorsqu’il est malade à son tour, et que lucas envisage de partir de 
livourne à Gênes en l’abandonnant. C’est après avoir imploré la 
vierge Marie qu’il guérit et qu’il peut embarquer avec son maître. 
il admire celui-ci pour ses connaissances et son savoir-faire, il 

1. Bernard Heyberger, “Chrétiens orientaux dans l’europe catho-

lique (

xvii

e

-

xviii

e

 siècle)”,  in Bernard Heyberger et Chantal verdeil 

(dir.), Hommes de l’entre-deux. Parcours individuels et portraits de groupes sur la 
frontière de la Méditerranée (

xvi

e

-

xx

e

 siècle), paris, les indes savantes, 2009, 

p. 61-93.

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INTRODUCTION

observe comment il s’y prend dans ses petits trafics, pour acquérir 
des pierres précieuses, des monnaies anciennes ou même une 
momie en Égypte, par diverses ruses. il apprend aussi de lui des 
rudiments de médecine, qui lui permettront, lors de son voyage 
de retour à travers l’anatolie, de jouer au “Franc” et, en tant que 
tel, de se faire passer pour médecin, non sans quelque risque de 
se faire démasquer.

il se trouve d’autres protecteurs et conseillers lors de son 

périple. à paris, Galland tient un moment ce rôle auprès de lui. 
sur le bateau de Marseille à smyrne puis à istanbul, il se lie avec 
un jeune homme attaché à l’ambassade de France, qui le guide et 
lui donne des informations. enfin, il prend la décision de quitter 
istanbul pour rentrer chez lui sur les conseils de Hanna Zoghbî, 
un compatriote d’alep, qui l’accompagne ensuite sur la route, et 
lui prodigue plusieurs fois ses recommandations plus ou moins 
avisées.

Ce récit d’un voyage initiatique, Hanna le couche sur le papier 

cinquante-quatre ans après être revenu au pays. il dit dans le texte 
qu’il a soixante-quinze ans au moment où il écrit. il est vieux, il 
a eu une vie de marchand drapier au souk d’alep. le manuscrit 
étant amputé des premiers folios, nous ne savons pas s’il y expo-
sait les mobiles de ce passage à l’écriture. Nous ne disposons donc 
pas des termes explicites de son “pacte autobiographique

1

”. Mais 

nous saisissons que, contrairement à Boûlous al-Za‘îm, à elias 
al-Mawsilî, à Tahtâwî ou à Mehmed efendi, il n’écrit pas pour ins-
truire son souverain ou ses contemporains. il n’a pas de projet de 
carrière

2

. Ce n’est pas non plus prioritairement par souci d’apo-

logie, d’édification ou d’autojustification qu’il écrit. le thème 
d’ensemble de son récit serait plutôt une méditation sur la vie, 
qui, durant son voyage de jeunesse, lui a offert différentes oppor-
tunités, qu’il n’a pas su ou pas voulu saisir. à paris, il aurait pu 

1. philippe lejeune, Le Pacte autobiographique, paris, seuil, 1975.
2. voir les motivations de carrière d’elias al-Mawsilî pour la rédaction 

de son récit : John-paul Ghobrial, “The secret life of elias of Babylon”, 
art. cité, p. 89-93.

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20

devenir l’associé d’un compatriote, principal cafetier dans la ville 
à cette époque, en épousant la fille de celui-ci, infirme. il prend 
l’avis de lucas avant de décliner l’offre. à istanbul, il aurait pu 
se faire une situation au service de marchands ou de diplomates 
“francs”. Mais, finalement, après des hésitations, il a décidé de 
rentrer chez lui, puis de s’y établir.

Une promesse que lucas lui aurait faite apparaît dans le texte 

dès avant le départ d’alep, et revient ensuite à plusieurs reprises. 
en effet, son maître lui aurait fait miroiter la possibilité d’obtenir, 
du ministre pontchartrain ou de louis xiv en personne, une 
charge de bibliothécaire-interprète en langues orientales. Gal-
land lui aurait quant à lui promis une mission de voyageur-col-
lectionneur comparable à celles dont lucas a plusieurs fois été 
chargé, peut-être pour détourner ses ambitions d’une fonction 
d’expert à paris. Finalement, Hanna a été trahi par son maître, 
qui aurait tout fait pour faire échouer les tentatives de Galland 
de lui obtenir une mission officielle de voyageur. C’est du moins 
ainsi qu’il le raconte.

Qu’en était-il réellement de ces perspectives ? Hanna s’est sans 

doute bercé d’illusions. au début du 

xviii

e

 siècle, l’orientalisme a 

pris une dimension savante, qui disqualifiait en grande partie les 
chrétiens orientaux et leur savoir linguistique supposé. pendant 
le séjour de Hanna à paris, antoine Galland remporte d’ailleurs 
la chaire de lecteur d’arabe au Collège royal contre des concur-
rents d’origine aleppine : le neveu de Butrus dib, qui a occupé le 
poste jusqu’à sa mort en février 1709, et le chevalier Christophe 
Maunier, que Hanna rencontre durant son séjour parisien

1

. C’est 

aussi le moment où eusèbe renaudot lance des attaques en règle 
contre les Orientaux qui ont fait carrière dans l’érudition à rome 
et à paris et où pierre Bayle, dans son Dictionnaire historique et cri-
tique
, les traite de “coupeurs de bourse” et de “fripons”

2

.

1. Frédéric Bauden et richard Waller (éd.), Le Journal d’Antoine Gal-

landop. cit., p. 255, 262, 266 et 268.

2. pierre Bayle, “ecchellensis (abraham)”, Dictionnaire historique et 

critique, 3

e

 éd., rotterdam, M. Bohm, 1720, vol. 2, p. 1045-1046 ; loubna 

Khayati, “Usages de l’œuvre d’abraham ecchellensis dans la seconde 

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