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Il faut privatiser l’audiovisuel public

Une tribune de Marine Le Pen, candidate à l'élection présidentielle

Il faut privatiser l’audiovisuel public
Marine Le Pen au micro de France Inter © Thomas Samson/ AFP

Pour la candidate du Rassemblement National à l’élection présidentielle, cette privatisation s’impose à plus d’un titre : l’Etat n’a pas vocation à être patron de presse, son emprise dans ce secteur empêche nos géants nationaux de rayonner à l’étranger, et beaucoup de Français sont étranglés par le montant de la redevance.


Nous sommes plus de cinquante-sept ans après la création de l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF), plus de trente-sept ans après l’apparition de la première chaîne privée française.

En 2021, ces deux événements apparaissent à juste titre comme de la préhistoire médiatique tant ce secteur d’activité a été révolutionné en quelques années. À l’heure du tout-numérique, des tout-puissants réseaux sociaux, des géants du streaming et de l’information instantanée, la question de l’existence d’un service public de l’audiovisuel pléthorique, émietté, redondant et coûteux se pose comme une évidence.

Tout d’abord parce que dans une démocratie comme la nôtre, la mainmise de l’État, et donc plus ou moins discrètement de nos gouvernants, sur une partie du paysage audiovisuel national paraît au mieux anachronique, au pire peu compatible avec le principe de liberté et d’indépendance de la presse et des médias.

À l’heure où l’État doit plus que jamais s’affirmer comme stratège, régalien et protecteur, il doit cesser de s’éparpiller dans des métiers comme celui de patron de presse. Les médias étatiques sont la marque des régimes autoritaires, des médias libres et régulés celle des démocraties confiantes et apaisées.

Ensuite, parce que la spécificité des sociétés d’audiovisuel public au sein du paysage audiovisuel français est à présent très difficile à percevoir. Du fait de l’explosion de l’offre dans le secteur des médias, il est à présent possible d’y trouver des productions audiovisuelles culturelles, historiques ou encore territoriales de grande qualité. Cette emprise étatique dans un secteur si peu régalien a en revanche une conséquence fâcheuse : empêcher nos champions nationaux de l’audiovisuel d’atteindre la taille critique pour rayonner dans la bataille internationale qui se livre dans ce secteur d’activité. Une fois n’est pas coutume, le désengagement de l’État servirait le patriotisme économique.

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Enfin, dans un pays champion du monde des prélèvements obligatoires et à l’heure où les Français voient désespérément stagner leur pouvoir d’achat, la disparition de la contribution à l’audiovisuel public, plus connue sous le nom de redevance TV, sera un pas parmi d’autres vers la désescalade fiscale attendue par nos classes moyennes et populaires, en particulier par nos restaurateurs, cafetiers et évidemment hôteliers.

Voilà plus de 3 milliards d’euros rendus à plus de 28 millions de foyers français pour contribuer ainsi à la relance plutôt qu’au financement d’un audiovisuel public dont la gestion a été plusieurs fois épinglée par la Cour des comptes.

Ce désengagement financier de l’État se fera bien évidemment dans le respect des règles et la transparence. D’abord par une loi débattue et votée par le Parlement, puis sous le contrôle de la Commission des participations et des transferts, notamment chargée de la protection des intérêts patrimoniaux de l’État. Nous serons en d’autres termes aux antipodes du fait du prince qui a, il faut le reconnaître, présidé à la multiplication des structures au sein du service public de l’audiovisuel ces dernières années.

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Désengagement financier de l’État ne signifie pas désengagement de ce dernier en tant que régulateur. L’État conserve naturellement la maîtrise de l’attribution des droits d’émettre, fixe le cahier des charges des nouvelles entités privées et notamment des obligations de service public très ciblées en matière d’éducation, de culture et encore de couverture territoriale.

Par ailleurs, et afin de continuer à porter la voix de la France à travers le monde mais aussi à préserver un lien direct et privilégié entre la métropole et son outre-mer, l’État conservera la direction de TV5 Monde, RFO et RFI. De même, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) ou en encore la chaîne franco-allemande Arte resteront publics.

Voilà pourquoi je souhaite désengager l’État financièrement de l’audiovisuel public, voilà pourquoi je propose de privatiser des sociétés financées par le contribuable au sein d’un secteur qui ne le justifie pas. Comme toujours dans mon esprit, cette décision est avant tout une décision pragmatique et de bon sens, prise dans l’intérêt du téléspectateur autant que du contribuable, tout simplement du citoyen français.

Octobre 2021 – Causeur #94

Article extrait du Magazine Causeur