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«France 2030»: un plan de relance pour la France ou pour Macron ?

Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson

«France 2030»: un plan de relance pour la France ou pour Macron ?
Le président Emmanuel Macron présente le plan d'investissement France 2030 depuis l'Elysée, 12 octobre 2021 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22614348_000006

Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson


Le président de la République a présenté, mardi 12 octobre, le plan France 2030, qui vise à développer la compétitivité industrielle nationale et à « retrouver le chemin de l’indépendance de la France et de l’Union européenne ». Dans la réalité, ce plan semble davantage viser l’échéance électorale de 2022, le tout servi par des annonces de communicant sans véritable cohérence. Mais nous sommes habitués. Ainsi, pour Emmanuel Macron, l’un des plus grands défis qui attend la France est celui du changement climatique qui « change nos moyens de produire et de consommer ». Il est pourtant étonnant de le voir développer ce sujet alors qu’il reste le principal défenseur de la mondialisation économique et de ses flux massifs : flux d’humains et de marchandises en particulier. Ces flux, il ne peut pas l’ignorer, participent activement à l’explosion de l’empreinte carbone de nos sociétés modernes. Ainsi, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de favoriser les traités de libre-échange comme le CETA qui multiplient la circulation des porte-conteneurs, l’un des principaux facteurs de pollution à l’empreinte carbone catastrophique [1]. Comment peut-il prétendre vouloir faire des réformes pour « produire plus » alors qu’il s’engage dans le même temps à combattre la pollution ? Croissance et lutte pour l’environnement n’ont jamais fait bon ménage. 

Par la suite, il déplore que nous ayons « beaucoup désinvesti ». Or, ces quatre dernières années, qui était au pouvoir ? Qui était en capacité de donner les grandes orientations au niveau des investissements ? La pandémie n’excuse pas tout. Il estime ainsi qu’il existe des secteurs dans lesquels la France a pris du retard, ce qui constituerait une menace. Mais qui est responsable de ce retard ? Ainsi, il est étonnant de voir un président en fin de mandat étaler les faiblesses du pays alors qu’il en est directement responsable. Parmi les incohérences de son intervention, il nous explique soudain vouloir investir un milliard d’euros dans le nucléaire. Nous serions les derniers à lui jeter la pierre, dans la mesure où cette énergie est propre et efficace pour notre pays. Mais prôner une telle chose a-t-il véritablement un sens après avoir fermé les deux réacteurs de Fessenheim provoquant ainsi une diminution de 12% de la production d’électricité nucléaire nationale ? Il nous déclare d’un air ingénu : « 200.000 Françaises et Français travaillent dans le nucléaire, c’est une chance ». Mais combien d’emplois ont été perdus après la fermeture de la centrale de Fessenheim pour lui préférer l’éolien ? Son revirement soudain est aussi étonnant qu’insultant. Peut-être le sondage IFOP de février 2021 montrant que 53% des Français étaient hostiles à l’implantation d’éoliennes près de leur habitation y est pour quelque chose [2]? Ainsi, il semble qu’Emmanuel Macron évolue au grès des enquêtes d’opinion pour préparer son programme électoral. 

Enfin, il souhaite voir se développer les technologies pour réduire les déchets nucléaires. Pourtant, c’est précisément ce gouvernement qui, en 2019, a abandonné le projet Astrid dont le but était le réemploi de ces déchets pour, à la fois, produire de l’énergie et amenuiser fortement le rayonnement des déchets de bout de chaîne. Pour qui nous prend-il donc ? Son projet de mettre en place deux gigafactory d’électrolyseurs et de produire massivement de l’hydrogène n’est pas beaucoup plus cohérent. En effet, l’électrolyse de l’eau est fortement consommatrice d’électricité. Il en est de même pour la production de deux millions de véhicules électriques et hybrides (qui posent d’ailleurs de graves questions d’environnement) d’ici 2030. Où Emmanuel Macron trouvera-t-il l’énergie nécessaire ? Il ne pourra le trouver que dans l’énergie nucléaire. Mais encore faudrait-il que nous soyons en mesure de produire des excédents d’électricité nucléaire par rapport au besoin actuel. Or nous nous en éloignons, par sa faute, pour de longues années.  

D’une manière générale, ce plan qui prétend combiner la relance de notre industrie avec la cause de l’environnement ne parviendra ni à assurer le premier, ni à défendre le second. Pourquoi continuer à massacrer les restants de notre industrie en lui imposant de nouvelles contraintes alors que les géants industriels du globe continuent à émettre des quantités de CO2 gigantesques ? Il faut arrêter de nous attacher des boulets aux pieds. Nous devons plutôt exiger des pays industriels qu’ils atteignent notre niveau de production de CO2 par habitant. Celui-ci est déjà un exemple pour le monde entier. Et ce, grâce au nucléaire voulu par le général de Gaulle dans sa détermination à doter la France d’une indépendance nationale sur le plan militaire et énergétique, et au génie français qui en a fait une filière industrielle de grande qualité.


[1] « Sur BFM TV, Marion Maréchal évoque les porte-conteneurs, bras armés de la mondialisation », Eléments, le 16/09/2021

[2] « Eoliennes : plus on en sait, moins on les aime », IFOP, le 02/02/20221


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Candidat à l'élection présidentielle de 2022 et président de VIA, la voie du peuple. Auteur de "La voix du peuple", éditions du Rocher (2020).

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