Greyhound : « Il y a toujours des amateurs pour monter à bord de l’icône de la route américaine »

Le groupe allemand FlixMobility (Flixbus) a annoncé, jeudi 21 octobre, l’achat de la mythique compagnie de bus américaine. Une acquisition qui souligne le succès de la start-up de Munich qui a conquis l’Europe avec ses bus verts à la faveur de la libéralisation des marchés, constate Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».

Publié le 22 octobre 2021 à 11h00 - Mis à jour le 22 octobre 2021 à 17h04 Temps de Lecture 2 min.

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C’était toute une aventure de traverser l’Amérique en bus. Trois jours de route entre New York et San Francisco, trente-sept heures vers La Nouvelle-Orléans. Serrés comme des sardines sur une route sans fin ponctuée de stations sans âme, à la vitesse du lévrier qui court sur le flanc des autobus Greyhound. Mais le temps a passé. Pour deux fois moins cher aujourd’hui, les compagnies aériennes low cost relient côte est et ouest en sept heures au lieu de trois jours.

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Il faut sacrément aimer la route pour rester fidèle au bus. C’est probablement pourquoi la célèbre compagnie, fondée en 1914, change régulièrement de propriétaire. Et quand il n’est plus américain, c’est qu’il n’y a plus beaucoup d’argent à en tirer. Après deux faillites, en 1991 et 2001, le groupe canadien Laidlaw jette l’éponge en 2007 et vend la société au britannique First Group, à son tour en difficulté.

Peu gourmand en capital

Pourtant, il y a toujours des amateurs pour monter à bord de l’icône de la route américaine. Ce jeudi 21 octobre, le groupe Allemand FlixMobility (FlixBus) a annoncé l’acquisition de Greyhound. Il ne paiera pas très cher, 170 millions de dollars (environ 156 millions d’euros). FlixBus, c’est l’improbable succès d’une start-up de Munich qui a conquis l’Europe avec ses bus verts et ses tout petits prix à la faveur de la libéralisation des marchés.

FlixBus détient désormais près de 90 % du marché en Allemagne et a méthodiquement fait le ménage en Europe

Il avait déjà posé une roue outre-Atlantique en ouvrant quelques lignes. Sa réussite est en grande partie due à son modèle économique très peu gourmand en capital. Les bus sont possédés et gérés par des opérateurs locaux. Comme chez McDonald’s ou dans la distribution, il fournit la marque, la logistique et les clients. Il emploie en direct moins de 2 000 personnes.

Cette fois, il va récupérer près de 1 300 bus en propre (avec leurs chauffeurs), 2 400 destinations et 16 millions de clients. Le seul moyen de s’en sortir dans un métier à si petite marge, surtout si on fait appel à des sous-traitants, c’est d’être seul. FlixBus détient désormais près de 90 % du marché en Allemagne et a méthodiquement fait le ménage en Europe. Il a notamment acheté en 2016 les activités européennes de Megabus, son principal concurrent sur le continent, et en 2019 Eurolines au groupe Transdev en France.

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Depuis 2017, il exploite également des lignes ferroviaires. Pour financer cette croissance spectaculaire, l’entreprise, toujours contrôlée par ses trois fondateurs, fait appel à de nouveaux actionnaires. Le dernier tour de table, en juin 2021, lui a permis de lever 650 millions de dollars, quatre fois le prix de Greyhound. Ironie du sort, ces généreux investisseurs s’appellent Blackrock, Silver Lake, General Atlantic… Des Américains pour financer la conquête des Etats-Unis par un Allemand.

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