Anna Karina, un mythe godardien

Malgré sa longue carrière, l’actrice, morte le 14 décembre, restait inexorablement associée à Jean-Luc Godard.

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Publié le 07 mai 2018 à 18h33 - Mis à jour le 15 décembre 2019 à 14h09

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Anna Karina, à Paris, le 4 mai. Anna Karina, à Paris, le 4 mai.

[Malgré sa longue carrière, l’actrice, morte le 14 décembre, restait associée à Jean-Luc Godard. Portrait à l’occasion de la 71e édition du Festival de Cannes, en 2018, dont l’affiche reproduisait une scène de Pierrot le Fou.]

C’est la femme au chapeau, assise à la terrasse d’une brasserie parisienne, boulevard Saint-Germain. Elle agite ses mains et ses longues boucles d’oreille, tire sur une cigarette Vogue lilas. Ses yeux cernés d’un trait d’eye-liner s’animent et se perdent tour à tour. Soixante-huitards nostalgiques, quadras romantiques, artistes trentenaires, ces passants reconnaissent parfois sa frange sous son panama et restent autant émerveillés que sonnés par cette apparition bien réelle : comme si sa quasi-homonyme littéraire, l’Anna Karénine de Tolstoï, la rendait prisonnière d’un double et la renvoyait dans les limbes du star-system. Anna Karina est une mythologie classique hissée à l’affiche du 71e Festival de Cannes, où elle est attendue mardi 8 mai.

Le cliché a été pris en 1965, durant le tournage de Pierrot le fou, par le photographe de plateau de Jean-Luc Godard. On y voit Jean-Paul Belmondo l’embrassant. Dans le film, c’est plutôt l’inverse. « Un p’tit bisou » plus qu’un long baiser de cinéma, précise l’actrice. Pierrot le fou est l’histoire d’un homme qui court derrière une fugueuse. L’Autobianchi rouge de Belmondo valse autour de la Giulietta Alfa Romeo bleue d’Anna Karina, deux mondes parallèles réunis pour quelques secondes par la caméra, sublime parade amoureuse et tourbillon de poussière « en une seule prise », croit se souvenir l’actrice : « La scène la plus difficile et la plus dangereuse de Pierrot. »

« Tout cela se termine très mal »

L’affiche du festival 2018 semble saturée de couleurs et d’amour fou : les deux amants en cavale fuient un monde étriqué et monochrome, celui de la France d’avant Mai 68. « La Giulietta, c’était la mienne, raconte-t-elle de sa voix chaque année plus rauque. En juin 1968, je revenais d’un tournage à Prague, des étudiants avaient voulu me lancer des pavés alors que je la garais rue Louis-Thuillier, dans le cinquième. L’un d’eux m’avait sauvée : “C’est Anna Karina !” » Elle est depuis longtemps l’icône de la Nouvelle Vague, cette révolution qui invente nouveaux acteurs, nouveaux corps, nouveaux phrasés. « Je t’aime », lance-t-elle de sa décapotable, avec cette pointe d’accent danois qui a sculpté son timbre magique – une voix de cinéma. Le « Moi aussi » hurlé par Belmondo couvre le rugissement des moteurs.

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