Le dossier de L'Express

Vaccination : de LFI au RN, les tiraillements des partis contestataires

A LFI et au RN, une partie de l'électorat s'oppose au vaccin. Ces mouvements tentent de capter la colère sans contredire la science.

Durée : 6 min
Partage Created with Sketch.
Le chef des Insoumis et candidat LFI à la présidentielle de 2022 Jean-Luc Mélenchon en meeting à Aubin, dans l'Aveyron, le 16 mai 2021.

Le chef des Insoumis et candidat LFI à la présidentielle de 2022 Jean-Luc Mélenchon en meeting à Aubin, dans l'Aveyron, le 16 mai 2021.

afp.com/Lionel BONAVENTURE

Article Abonné
Écouter cet article sur l’application
Écouter cet article sur l’application

"Cela ne s'est pas fait [...], mais je me ferai vacciner." Le 6 juin dernier, Jean-Luc Mélenchon évoque sur Franceinfo son statut vaccinal. Celui qui n'était "pas rassuré" en janvier par le sérum Pfizer amende sa position, tout en retenue. A l'occasion d'une conférence de presse le 16 juillet, le leader de La France insoumise (LFI) se fend d'une nouvelle précision. "Tout" le groupe parlementaire LFI est "vacciné ou en cours de vaccination". Manière de crédibiliser son opposition à la vaccination obligatoire des soignants et à l'instauration du passe sanitaire. 

Cette confession en rappelle une autre. Début juillet, Marine Le Pen lâchait un aveu identique à une poignée de journalistes, non sans agacement : "J'ai reçu mes deux doses de vaccin, si cela peut vous rassurer. Il vous faut peut-être aussi le résultat de mes dernières analyses ?" Ses craintes sur le "manque de recul" concernant la technique de l'ARN messager et son désir d'attendre un "vaccin traditionnel" ont disparu. Le gage scientifique donné, la patronne du Rassemblement national (RN) peut pilonner à loisir la politique sanitaire de l'exécutif. 

Le RN veut parler à son socle

Soutenir le principe de la vaccination sans embrasser les initiatives de l'exécutif. Dénoncer les restrictions sanitaires sans apparaître comme ennemis de la science : LFI et RN se livrent à un numéro d'équilibristes. Ce qui n'est pas étranger à la structure de leur électorat. Selon une enquête OpinionWay réalisée en juillet pour Les Echos, 29 % des sympathisants du RN n'ont pas l'intention de se faire vacciner ; il en va de même pour 15 % des électeurs LFI. Le chiffre est beaucoup plus bas chez les sympathisants EELV (7 %) ou LR (5 %), par exemple. 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement
Je m'abonne

L'équation est délicate au Rassemblement national, qui veut poursuivre son entreprise de dédiabolisation, pour parfaire sa stature de parti de gouvernement, tout en continuant à parler à son socle électoral. Chez les élus locaux, l'opposition au passe sanitaire peut parfois glisser vers une opposition à la vaccination. "C'est un peu confus au sein du parti", reconnaît Gilbert Collard, député européen. Et pas question pour Marine Le Pen de clarifier sa position : elle a gardé le silence sur le sujet pendant les principales séquences estivales de mobilisation. 

Quand on l'interroge, la direction martèle la ligne officielle, qui veut se dissocier de la foule hétéroclite des manifestants : "Il y a des antipasse et même des antivax au sein de notre mouvement, reconnaît Philippe Olivier, conseiller spécial de la présidente. Mais notre ligne est claire, nous avons une vision équilibrée : nous sommes contre le passe sanitaire et pour la liberté vaccinale. Sur le vaccin, nous considérons qu'il s'agit de questions médicales à prendre avec sérieux et tempérance, et si des complotistes nous le reprochent, tant pis !" Hors de question, donc, pour le RN de frayer avec Florian Philippot, devenu leader de ces manifestations. Un récent sondage Harris Interactive accorde entre 1 et 2% d'intentions de vote à l'ancien n° 2 du Front national. "On s'en fout, de Florian Philippot, balaie Philippe Olivier. Il n'existe pas en politique : il est dans son bocal à tourner en rond." 

La "ligne de crête" de LFI

Cette prise de distance est assumée par Marine Le Pen elle-même. Dans une interview accordée au Monde à propos du dernier ouvrage de Pierre Rosanvallon, la présidente qualifie ces mobilisations de "vaines", et appelle ses électeurs à se mobiliser sur le terrain politique. "Marine Le Pen estime que ces différentes manifestations ne sont susceptibles de déboucher sur rien, dans la mesure où Emmanuel Macron ne changera pas de cap, analyse le politologue Jean-Yves Camus. C'est une façon de repolitiser les mobilisations qui consiste à dire qu'elles ne sont utiles que si jamais on leur donne un sens politique dans un projet global." Plutôt que de s'adresser directement à cette partie des électeurs, Marine Le Pen prend donc le pari de leur proposer un moyen politique de reformuler leur colère. 

A LFI, il est tout autant question de "ligne de crête", comme le répètent ses dirigeants. D'un côté, une opposition plus que farouche au passe sanitaire ; de l'autre, un rappel systématique que le vaccin est "une" des solutions. Mais, avec l'ambition de devenir le réceptacle électoral des colères contre Emmanuel Macron et de comprendre les aspirations du peuple pour parvenir à le fédérer, il n'est pas question de monter au créneau contre les antivax. "Certains à gauche pensent que le processus révolutionnaire doit être chimiquement pur, avec des gens complètement alignés, c'est une erreur, affirme Manuel Bompard, député européen et directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Il y a des gens qui ont des revendications avec lesquelles on n'est pas d'accord, mais ce n'est pas une raison pour ne leur opposer que du dédain ! On essaie de les orienter sur des combats qui nous paraissent justes, à savoir le passe sanitaire, qui est un exercice autoritaire du pouvoir."  

"Nous ne sommes pas les parents des gens"

Ne comptez pas cependant sur les Insoumis pour "orienter" la population vers la vaccination, ni pour convaincre les antivax avec lesquels ils défilent de leur erreur. En six mots : ce n'est pas leur boulot. Point. "La question qui se pose est : qui a créé les conditions de cette défiance ? C'est le gouvernement ! Ils ont été nuls, mais nuls... Nous ne sommes pas les parents des gens, je n'ai pas à leur crier "vaccinez-vous !" sur tous les plateaux. Ce n'est pas à nous de créer les conditions de l'acceptabilité vaccinale", glisse un cadre du mouvement.  

Politologue à l'University College de Londres, Philippe Marlière, militant engagé à la gauche de la gauche, déplore le "positionnement tactique" de dirigeants comme Jean-Luc Mélenchon : selon lui, ils tempèrent leur discours vis-à-vis de la vaccination pour ménager la frange antivax de leur électorat mise en lumière par les enquêtes d'opinion. Sur la rive du lac de Châteauneuf-sur-Isère, où les Insoumis tenaient leur université d'été le dernier week-end du mois d'août, les cadres du mouvement ne goûtent que très peu l'analyse. "Franchement, c'est nous faire un mauvais procès que de penser qu'on fait ce calcul-là, réplique, dans la milliseconde, la députée européenne Manon Aubry, coprésidente du groupe The Left à Strasbourg. On était les premiers à demander la levée des brevets sur les vaccins, j'ai demandé 11 fois à mettre le sujet à l'ordre du jour, on ne se battrait pas pour ça si on ne voulait pas que les gens se fassent vacciner."  

EELV lutte contre sa propre image

Qu'importent donc les hésitations et les ambiguïtés de Jean-Luc Mélenchon au début de l'année sur les vaccins ARN messager ; il est pourtant profondément passionné par les savoir-faire techniques, mécaniques, les nouvelles trouvailles technologiques, et attaché au rationalisme des Lumières. "Il n'a pas eu plus d'hésitations que les scientifiques, leur discours au départ n'était pas le même que celui qui existe actuellement", défend le député et fidèle lieutenant Eric Coquerel, qui indique qu'à la rentrée les Insoumis diffuseront un appel pour affirmer leur "refus radical des propos racistes, antisémites, complotistes des discours d'extrême droite et de sa périphérie". 

Un dernier parti doit enfin résoudre une équation insolite. EELV cherche à se libérer de l'image de mouvement antivax accolée par ses contempteurs. "Tout cela est lié à des positions individuelles isolées", déplore la porte-parole du parti Eva Sas. En effet, la députée européenne Michèle Rivasi a qualifié d'"apartheid" l'extension du passe sanitaire, s'attirant un rappel à l'ordre de son parti. Le candidat à la primaire écologiste Jean-Marc Governatori juge, lui, que la campagne vaccinale prépare "les maladies les plus graves" faute d'inciter à "l'éducation à la santé". 

L’application L’Express
Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez
Télécharger l'app
Sur le même sujet

La direction du mouvement semble tiraillée entre défense de la vaccination et culture libertaire. "Convaincre plutôt que contraindre", répètent en boucle les cadres EELV pour justifier leur opposition à la vaccination obligatoire des soignants. "Nous sommes très attachés aux libertés individuelles, défend Eva Sas. Le choix doit toujours rester possible." Dans la même veine, le parti ne manifeste pas d'opposition de "principe" au passe sanitaire, mais fustige les conditions de son élargissement. L'équilibre, encore. 

Avantage abonné
Offrez gratuitement la lecture de cet article à un proche :
« Vaccination : de LFI au RN, les tiraillements des partis contestataires »
L’article sera disponible à la lecture pour votre bénéficiaire durant les 72h suivant l’envoi de ce formulaire, en cliquant sur le lien reçu par e-mail.
Cette fonctionnalité est réservée à nos abonnés. Pour en profiter, abonnez-vous. Je m’abonne dès 1€, sans engagement
Déjà abonné(e) ? Se connecter
Assurez-vous que la personne à laquelle vous offrez l’article concerné accepte de communiquer son adresse e-mail à L’Express.
Les informations renseignées dans ce formulaire sont destinées au Groupe L’Express pour l’envoi de l’article sélectionné à votre proche, lequel sera informé de votre identité. Pour toute information complémentaire, consulter notre Politique de protection des données.
C’est envoyé !
Vous venez d’offrir à mail@mail.com l’article suivant :
« Vaccination : de LFI au RN, les tiraillements des partis contestataires »
Une erreur est survenue
Une erreur est survenue. Veuillez réessayer.
Offre spéciale
Découvrez tous nos articles en illimité pour 1€ seulement.
Voir plus/moins
Merci de lire L’Express
Savoir quoi penser de ce monde
Offre spéciale
Découvrez tous nos articles en illimité pour 1€ seulement
Voir plus/moins
Besoin de savoir,
besoin de comprendre ?
A partir de 1 € pour 2 mois sans engagement
Fermer