Rentrée littéraire

Les livres à ne pas manquer : Abel Quentin, Deon Meyer, Thomas B. Reverdy

Le Voyant d'Etampes, un intello dépassé par le politiquement correct ; La Femme au manteau bleu, meurtre dans le monde de l'art en Afrique du Sud ; Climax, un récit glaçant sur fond de réchauffement climatique.

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Les livres à ne pas manquer

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Benjamin CHAZAL / L'Express

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Le Voyant d'Etampes 

Par Abel Quentin.  

Ed. de l'Observatoire, 380 p., 20 €.  

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La note de L'Express : 4/5 

Pour Jean Roscoff, les lendemains ne chantent pas. Universitaire à la retraite, largué par sa femme et méprisé par sa fille, ce soixante-huitard mitterrandien sucre les fraises - à côté, même Daniel Cohn-Bendit a l'air à la page. Il a beau boire comme quatre, l'ivresse n'apporte aucune réponse à son angoisse existentielle. Quand est-ce que sa vie est partie en vrille ? Normalien engagé à gauche, militant à SOS-Racisme, il a passé sa jeunesse du côté du Bien. Et voilà qu'on le renvoie à une image ingrate de vieux mâle blanc dominant - alors qu'on se demande bien qui il domine avec sa bedaine et ses gueules de bois. Pour se refaire la cerise, il se lance dans une biographie de Robert Willow, poète américain méconnu installé à Etampes, mort dans un accident de la route au cours des années 1960. Bémol : Willow était noir. A l'heure de Black Lives Matter, l'universalisme de Roscoff est dénoncé comme un néocolonialisme. Associations, médias et réseaux sociaux lui tombent dessus tous azimuts...  

Abel Quentin s'était fait remarquer il y a deux ans avec Soeur, premier roman sensationnel sur une ado convertie à l'islam. Le Voyant d'Etampes lui permet de creuser le même sillon ultracontemporain : ausculter les cancers de l'époque. Il raconte ici l'examen de conscience d'un intello dépassé par les événements tout en riant avec verve de voir une certaine gauche se faire dévorer par ses enfants. Un livre d'anar de droite ? Pas du tout, et c'est là tout le talent de Quentin : se servir du roman pour mettre en scène les idées les plus variées sans se prononcer lui-même. Impossible de savoir ce qu'il pense. Cet héritier de Balzac a plus d'un tour dans son sac. Louis-Henri de La Rochefoucauld 

LE VOYANT D'ÉTAMPES

LE VOYANT D'ÉTAMPES

ÉDITIONS DE L'OBSERVATOIRE

La Femme au manteau bleu 

Par Deon Meyer, trad. de l'afrikaans par Georges Lory.  

Gallimard (coll. Série noire), 195 p., 14 €. 

La note de L'Express : 4/5 

Le corps dénudé d'une femme, lavé à l'eau de javel, est retrouvé sur un muret de pierres au col de Sir Lowry, à quelques kilomètres du Cap, en Afrique du Sud. Sitôt l'identité de la victime connue - une Américaine d'une quarantaine d'années arrivée de Londres quelques jours plus tôt -, la presse s'emballe, et le dossier atterrit sur le bureau de Benny Griessel et Vaughn Cupido, deux inspecteurs de la brigade criminelle des Hawks bien connus des lecteurs de Deon Meyer. On retrouve ces derniers là où on les avait quittés au moment de La Proie (2020) : le premier informe le second qu'il s'est enfin décidé à demander la main de la douce Alexa - malgré ses piètres talents en cuisine - et tente d'obtenir un prêt de la banque pour la bague de fiançailles. C'en sera tout des intrigues périphériques.  

Pour le reste, Meyer, qui n'a jamais eu l'habitude de se perdre en digressions, a donné un tour de vis à son écriture, entièrement resserrée sur l'enquête. Comme souvent chez l'auteur de best-sellers sud-africain, celle-ci comporte un décisif volet historique. Il est ici question du tableau d'un disciple surdoué de Rembrandt, Carel Fabritius. Ce dernier a péri en 1654 à la suite de l'explosion d'une poudrière dans la ville hollandaise de Delft, et seules quelques-unes de ses oeuvres ont été sauvegardées. L'une d'elles aurait fini par atterrir au Cap, où sa valeur - 100 millions de dollars - aurait attisé bien des convoitises. Une nouvelle fois, Deon Meyer brille par sa connaissance des procédures policières et du contexte politique, mais surtout par la précision de la trame et la finesse psychologique de ce récit court, ramassé, au dénouement aussi subtil qu'implacable. Bertrand Bouard 

LA FEMME AU MANTEAU BLEU

LA FEMME AU MANTEAU BLEU

GALLIMARD

Climax 

Par Thomas B. Reverdy. 

Flammarion, 336 p., 20 €. 

La note de L'Express : 3/5 

On ne saurait s'en réjouir, mais Climax tombe à pic. Quelques jours après le rapport alarmiste du Giec, on ne trouvera pas plus éclatante illustration du réchauffement de la planète que ce 8e roman de Thomas B. Reverdy - qui, annonçons la couleur, fait froid dans le dos. C'est dans une ville portuaire du nord de la Norvège, révolutionnée par l'"arcoil", le pétrole de l'Arctique, que l'auteur plante son décor polaire. Là, en mer de Barents, au large du fjord, la plateforme de forage Sigurd, monstre conçu pour les pires conditions climatiques du monde, connaît son premier accident : un "kick", soit une remontée de gaz - qui a tué plusieurs ouvriers -, dû à un séisme qui s'est propagé comme une onde souterraine. L'expert géologue Noah, enfant du pays exilé à Edimbourg, est dépêché par sa compagnie, propriétaire de Sigurd, pour dresser l'état des lieux.  

Voilà dix-huit ans qu'il n'a pas revu la bande avec laquelle, ado, il pratiquait dans des années 1990 le jeu de rôle Donjons & Dragons, à l'univers de fantasy inspiré de Tolkien s'achevant par le Ragnarök, la fin du monde. Parmi ses anciens camarades, Anders, glaciologue idéaliste, le misanthrope Knut, dresseur de chiens soldats, et la belle Ana, son premier grand amour. A partir de ce canevas, Reverdy gambade entre ses personnages, les animaux en perdition (ours blancs, loups, crevettes, morues...), les légendes nordiques, les dommages irréparables causés à notre Terre. Et fait montre d'une science étonnante : à croire que l'auteur de L'Hiver du mécontentement a été élevé dans les froideurs du cercle polaire et a rédigé, à lui seul, tous les rapports du Giec. On sort de ce Climax sonné, prêt à batailler contre le Ragnarök. Marianne Payot 

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