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La dame perdue du parking

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La dame perdue du parking

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Vous débarquez dans un Ehpad avec l'intention de trouver là l'inspiration pour écrire un roman-fleuve sur le bonheur de vivre. On vous ouvre la grille en vous recommandant par l'interphone de prendre garde à ne pas laisser s'en aller la femme au regard perdu qui erre sur le parking. Entre-temps, une aide-soignante déboule et la prend doucement par le bras. Vous entrez avec elles dans le bâtiment. La dame paumée vous demande si vous avez vu son petit-fils. L'aide-soignante lui répond qu'il viendra sans doute mercredi. Mercredi ? Elle vous regarde comme si vous étiez ce monsieur Mercredi dont elle semble n'avoir jamais entendu parler. Elle vous tend la main, vous la prenez et la secouez poliment, avant de la lui rendre. Elle vous l'offre à nouveau comme si elle voulait que vous la gardiez. A force de monter des marches d'escalier, vous vous trouvez à l'entresol. Un grand espace carrelé, avec dans un coin une cloison vitrée derrière laquelle un homme en bras de chemise s'agite devant un ordinateur pendant qu'une imprimante crache des feuilles de papier verdâtre couvertes de chiffres et de mots luisants comme de la laque de Chine. Le reste de la salle est occupé par des vieillards sur des fauteuils, des chaises longues, des chaises roulantes. Les rares personnes debout ont une démarche lente, hésitante de bébé qui marche pour la première fois.

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Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne