BRONZES DE RIACE (archéologie)

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Le 16 août 1972, à Riace Marina, modeste plage de la côte est de Calabre, un plongeur amateur découvrit à peu de distance du rivage un bras de bronze émergeant du sable. Deux statues en bronze presque intactes furent aussitôt repêchées, mais les fouilles sous-marines entreprises en 1973 et 1981 n’ont pas permis de trouver l’épave attendue. Après un premier nettoyage réalisé à Reggio de Calabre, les deux statues furent envoyées au laboratoire de l’Institut central de restauration à Florence pour des examens approfondis. À l’issue de ce long purgatoire, les deux statues, d’abord présentées à Florence, ont fait à Rome, au palais du Quirinal, en 1981, une étape spectaculaire qui établit leur renommée, avant de trouver au Musée national de Reggio de Calabre leur lieu permanent d’exposition. Tout ce processus technique a fait l’objet d’une publication en deux volumes remarquablement illustrée : Due bronzi da Riace, 1984 (supplément de la revue Bolletino d’Arte), qui en fait les sculptures grecques les mieux documentées (compte-rendu détaillé de J. Marcadé dans la Revue archéologique, 1986).

Apparemment, ces statues forment une paire : même hauteur, même identité, même attitude. Leur taille (1,97 m et 1,98 m), sans être colossale, fournit une première indication : ce ne sont pas des dieux, mais des personnages appartenant au monde mythique des héros, cette catégorie d’êtres qui, dans l’imaginaire grec, est intermédiaire entre les dieux et les simples mortels. Appartenance que confirme la nudité dont est revêtue leur stature car, dans l’art grec, la nudité est un costume, « l’habit de lumière » d’une personnalité surhumaine. Or ce ne sont plus des jeunes gens : leur barbe indique la force de l’âge et les accessoires qui les complétaient, sans doute déposés pour faciliter le transport, prouvent qu’il s’agit de guerriers. À l’avant-bras gauche avancé était fixé un bouclier dont subsiste l’arceau sur la statue A ; la main droite fermée devait tenir une lance ou un javelot et la tête portait un casque – considéré comme une couronne, d’abord sur A, par C. Rolley, dans La Sculpture grecque I : Des origines au milieu du ve siècle, 1994 – dont subsistent des traces de fixation. Enfin, les deux figures sont campées dans la même posture d’attente : la jambe droite tendue, la gauche avancée et fléchie, avec le pied reposant entièrement sur le sol. Là s’arrêtent les similitudes, car les conséquences de cette pondération sont différentes sur les torses.

Les bronzes de Riace

Photographie : Les bronzes de Riace

Les deux statues en bronze ont été  découvertes en 1972 au large de Riace Marina, en Calabre. Leur différence d'attitude a permis de déduire un écart chronologique significatif entre elles, qui marque également une différence de style. Ve siècle avant J.-C. Musée de Reggio de... 

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Chez A, le déséquilibre du ventre, provoqué par la position des jambes, ne se répercute guère au-dessus du nombril : la ligne blanche est quasiment verticale, les pectoraux et les épaules presque horizontaux. Chez B, au contraire, la poitrine est arquée et les épaules inclinées, en sorte que le torse s’inscrit dans un trapèze, selon une formule qu’impose Polyclète vers 440 av. J.-C. avec son Doryphore. Cette différence établit donc un écart chronologique d’une génération : la statue A (vers 460 av. J.-C.) participe pleinement du « style sévère » qui, durant la première moitié du ve siècle, assure la transition progressive entre l’archaïsme finissant et le moment classique proprement dit. De là sa raideur vigoureuse qui, sur la statue B (vers 440-430 av. J.-C.), a fait place à une discrète sinuosité du corps, qui ne cessera de s’accentuer jusqu’à Praxitèle, un siècle plus tard.

Cette diversité est confirmée par les analyses de matériau : l’alliage de la statue A contient de l’argent, métal qui n’a pas été trouvé dans celui de la statue B. Bien plus, les bras de cette dernière ont été refaits avec un alliage contenant du plomb, peut-être pour en faire un doublet exact de la statue A, lorsque les deux statues, arrachées à leur contexte premier – peut-être à l’occasion des pillages réalisés en Grèce par les armées romaines aux iie et ier siècles avant J.-C. –, ont été destinées à gagner Rome, qu’elles n’ont jamais atteinte, le bateau qui les transportait ayant fait naufrage sur les côtes de Calabre.

Nommer ces personnages et les artistes qui les ont créés, on s’y emploie depuis un demi-siècle avec beaucoup d’ingéniosité (P. Moreno, Les Bronzes de Riace, 1999). La tentation est grande, en effet, d’accrocher à ces statues des grands noms de la mythologie et de la sculpture connus seulement par les textes, comme on l’a fait pour l’Aurige de Delphes et le Dieu du cap Artémisio [...]

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Statue de Riace

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  • : ancien membre de l'École française d'Athènes, professeur émérite d'archéologie grecque à l'université de Paris-X-Nanterre

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Bernard HOLTZMANN, « BRONZES DE RIACE (archéologie) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 31 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bronzes-de-riace-archeologie/