BURLAMAQUI JEAN-JACQUES (1694-1748)

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Juriste suisse dont les écrits et commentaires feront connaître à son concitoyen Rousseau le baron von Pufendorf et Jean de Barbeyrac. Pendant vingt ans, Burlamaqui enseigna le droit à l'université de Genève, sa ville natale, dont il fut membre du Conseil d'État. Il publia différents ouvrages, notamment Principes du droit naturel (1747) et Principes du droit politique (2 vol., 1751).

Comparé à Pufendorf, Burlamaqui est plus ordonné et raisonne avec plus de rigueur. Concevant, au départ, l'homme comme un « être doué d'organes, mais intelligent et moral », il fonde le comportement individuel sur le « sens moral », qui, à ses yeux, « n'est que le bon sens appliqué au jugement des actions humaines ». L'erreur et les comportements répréhensibles viennent de ce que parfois « nos rapports mutuels se compliquent [et de ce que] notre sensibilité se partage alors en plusieurs affections ». Aussi, pour l'individu qui raisonne en présence des faits, le devoir est-il une règle dictée par la raison. La liberté se présente alors comme une exigence coextensive à la rationalité et au devoir, qui en est la forme éthique : « L'unique et suffisante raison de tout devoir, c'est qu'il est la limite nécessaire de notre liberté. » Prolongeant les vues de Pufendorf, selon qui les lois positives dérivent, par actualisation et spécification, des lois divines que sont les lois naturelles et les lois révélées, Burlamaqui affirme que, par voie de conséquence, le droit naturel devient un corps systématique d'observations sur la nature humaine et de vérités pratiques qu'en peut tirer un raisonnement exact et rigoureux.

Burlamaqui présente une théorie originale de la « souveraineté partagée ». Conscient des excès auxquels peuvent être entraînés les souverains détenteurs du pouvoir et de la difficulté qu'il y a pour les citoyens à contrôler — autrement que par le moyen extrême de la résistance — un gouvernement qu'ils ont délégué par contrat, le juriste genevois préconise de confier « l'exercice des différentes parties du pouvoir souverain à différentes personnes ou à différents corps qui pourront agir chacun indépendamment les uns des autres ». De cette façon, le partage des droits que renferme la souveraineté produit des gouvernements mixtes ou composés dans lesquels « la souveraineté est toujours limitée ».

Dans les Principes du droit politique, Burlamaqui se préoccupe de définir une forme de gouvernement viable et de dépasser les principes théoriques ; de même qu'Aristote dans son traité travaille sans relâche à déterminer les conditions de la meilleure politique, Burlamaqui poursuit sa réflexion sur l'idée de droit naturel jusqu'à définir l'institution permettant aux citoyens de partager activement et par délégation le pouvoir exercé. L'idée d'un « conseil assez nombreux pour renfermer dans son sein les intérêts les plus importants de la nation » et dont la souveraineté est « limitée par certains droits accordés à la généralité du peuple » était, certes, empruntée à la situation de Genève ; elle devait néanmoins inspirer les législateurs américains pour la rédaction de leur première Constitution. L'idée d'une souveraineté limitée et partagée amena Burlamaqui à s'opposer à l'absolutisme de Grotius et de Pufendorf et à donner aux lois fondamentales leur sens moderne : « Les lois fondamentales de l'État, écrit-il dans le chapitre vii des Principes du droit politique, sont non seulement des ordonnances par lesquelles le corps entier de la nation détermine quelle doit être la forme du gouvernement [...] mais encore ce sont des conventions entre le peuple et celui ou ceux à qui il défère la souveraineté qui règlent la manière dont on doit gouverner, et par lesquelles on met des bornes à l'autorité souveraine. »

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Yves SUAUDEAU, « BURLAMAQUI JEAN-JACQUES - (1694-1748) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-jacques-burlamaqui/