TRAVAIL/TECHNIQUE (notions de base)

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Division du travail et fétichisme

Au terme d’une longue phase de troc durant laquelle n’existaient que des échanges entre groupes, la division du travail va s’instaurer au sein de la communauté et les travailleurs vont devoir apprendre à échanger ce qu’ils ont produit. Apparaît dans la même logique une classe de commerçants auxquels les producteurs vendront leurs réalisations, ce qui leur permettra de se consacrer entièrement à leur tâche. –Dès lors, les liens entre les individus vont devenir plus abstraits, et cette abstraction sera accentuée par l’invention d’« une monnaie comme symbole de l’échange », ainsi que l’analyse Platon dans La République (livre II).

Au cours du xviiie siècle, ce processus va donner naissance au capitalisme, qui repose à la fois sur l’abstraction du travailleur et sur le fétichisme de la marchandise. La conscience humaine perd la capacité de saisir l’origine de la valeur des choses, le lien entre le travail et la monnaie se relâche, le sommet de cette abstraction étant « la richesse », l’argent, qui devient autre chose qu’un simple intermédiaire entre deux produits, paraissant mystérieusement valoir pour lui-même. Marx donne le nom de « fétichisme » à ce processus. Un fétichisme qui a pour effet de masquer la réalité des rapports entre les hommes.

Car comment évaluer le prix du travail ? Si le travail est ce qui crée la valeur, sa « mesure inhérente » (c’est l’expression utilisée par Marx), il ne peut être à la fois mesurant et mesuré, il ne peut « avoir lui-même de valeur ». Se demander quelle est la valeur du travail serait aussi paradoxal que se demander quelle est la chaleur de la température ou quel est le poids de la pesanteur... Ne pouvant être évalué de façon juste par une mesure de type mathématique, la détermination du salaire ne pourra que dépendre de rapports de force. Avant Marx, l’économiste Adam Smith (1723-1790) en avait fait l’observation : « Ce qu’est le salaire ordinaire dépend pourtant du contrat ordinairement passé entre les deux parties, dont les intérêts ne sont nullement les mêmes. Les travailleurs désirent obtenir autant que possible, les patrons donner aussi peu que possible. Les premiers sont disposés à s’associer afin d’augmenter le salaire du travail, les autres afin de le réduire. »

Si le philosophe anarchiste Pierre Joseph Proudhon (1809-1865) considérait que la plus-value qui enrichit le capitaliste est le résultat d’un vol, celle-ci définit de fait la différence entre la valeur d’usage de la force de travail, la valeur de ce qu’il produit et qui sera vendu sur le marché, et la valeur d’échange de la force de travail, c’est-à-dire ce qu’il coûte au capitaliste. Si le travail n’est pas mesurable, la force de travail considérée comme une marchandise l’est parfaitement. Elle correspond, comme l’écrit Marx dans Le Capital, à « l’ensemble des facultés physiques et intellectuelles qui existent dans le corps d’un homme, dans sa personnalité vivante, et qu’il doit mettre en mouvement pour produire des choses utiles ».

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Écrit par :

  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État ès lettres, professeur de khâgne

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Pour citer l’article

Philippe GRANAROLO, « TRAVAIL/TECHNIQUE (notions de base) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/travail-technique-notions-de-base/